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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 16:18

 

Un article des Inrocks lu sur La Flamme :

David Doucet, Les Inrocks, le 7 fevrier 2012:

    Marine Le Pen affirme peiner à obtenir ses cinq cents parrainages. Pour y parvenir, elle va jusqu’à courtiser l’extrême droite radicale.

    Dans son manoir de Montretout, sur la colline de Saint- Cloud, Jean-Marie Le Pen arbore la tête des mauvais jours. En dépit de la stratégie de “dédiabolisation” opérée par sa fille, la récolte des parrainages ne décolle pas. Hormis en 1981, le Front national a pourtant toujours réussi à obtenir ses 500 signatures.
“On dit que je pleure misère à chaque élection mais le risque est réel, s’emballe Le Pen. Quel intérêt a un maire de nous donner son parrainage ? Il n’a que des inconvénients à attendre.”

     Le président d’honneur du FN est persuadé que le nombre de maires qui donnent leur signature ne cesse de diminuer en raison des représailles dont ils sont l’objet.

   L’air préoccupé, le patriarche du Front estime que ses troupes ont sous-estimé les difficultés lors de cette collecte. “Je leur ai dit de faire très attention. L’erreur a été de penser que Marine Le Pen rencontrerait moins de résistances que moi. Or pas du tout, puisqu’elle est considérée comme plus dangereuse que moi.”Carl Langancien numéro 3 du FN qui a quitté le mouvement en 2008, va plus loin : “Marine Le Pen pensait que ça serait un jeu d’enfant et elle a négligé le travail de terrain. Dans l’Eure ou en Côte-d’Or, aucun maire n’a vu un militant FN.” (Ndlf: départements qui étaient dirigés par Le Rachinel et Jaboulet -Vercherre et qui obtenaient des  »records » en nombre de signatures)

    Au siège du parti, le Carré, à Nanterre, la cellule chargée de collecter les signatures s’est étoffée depuis un mois. Le conseiller régional de Picardie Michel Guiniot a été appelé à la rescousse. En 2002, cet ancien responsable des fédérations avait fait partie de l’équipe de sauvetage montée par Carl Lang pour trouver à l’arraché 250 signatures en trente jours. Aujourd’hui en charge de la direction opérationnelle de la collecte, Guiniot fait le lien entre la cellule téléphonique du FN et les fédérations. “J’ai l’impression de manager une équipe de commerciaux, parfois il faut faire vingt portes pour vendre un aspirateur, là c’est pareil.”

    Dans un bureau voisin, le délégué général adjoint du FNDominique Martin, dirige et coordonne les opérations au niveau national. Cigarillos aux lèvres, cet homme de confiance de Marine Le Pen analyse en fin de journée les remontées de ses relais sur le terrain. “A Malesherbes (siège de campagne de Marine Le Pen – ndlr), c’est la stratosphère. Ici à Nanterre, vous êtes devant les mineurs de fond. On rame à fond de calle, les maires ne veulent plus se mouiller”, lâche-t-il en mimant un mouvement de pagaie. Pour appuyer sa démonstration, Dominique Martin se lève de son siège et pointe son index sur la carte de France accrochée sur le mur à gauche de son bureau. “Vous voyez, le vote FN est fort en Provence- Alpes-Côte d’Azur et en Rhône-Alpes, mais on ne récolte rien dans ces régions, les maires craignent qu’on leur retire leurs subventions.”
Un coup de téléphone interrompt son explication. C’est un cadre frontiste de Haute-Savoie qui l’appelle après avoir rencontré un maire.
– J’ai vu le maire, Dominique. Je lui ai laissé le document. Il était plutôt d’accord mais il veut en discuter avec deux adjoints. – S’il commence à en parler à son conseil municipal, c’est foutu. Il fallait lui dire que c’est une décision qui lui appartient. – C’est ce que je lui ai dit pourtant, je l’ai bien travaillé. – Il faudra le rappeler dans quinze jours.

    Contrarié, Dominique Martin raccroche. “C’est compliqué, reprend-il. Par rapport aux maires qui s’étaient engagés pour nous en 2002 et 2007, le taux de renouvellement n’est pas terrible.Pourtant, 250 cadres et élus régionaux sont mobilisés. Dès qu’il y a un tuyau, ils prennent leurs voitures et vont voir les maires.” Pour améliorer le taux de réussite de ses militants, Dominique Martin a même composé un dossier d’une vingtaine de pages qui fournit des réponses sur mesure pour convaincre les maires récalcitrants. “On appelle ça un lutin. A l’intérieur, il y a des propositions d’entretien pour les maires, des chiffres sur les médias, la feuille de pré-engagement pour Marine Le Pen à faire signer, une décharge, des coupures de presse.”

    Dans ce bréviaire de la collecte, on trouve aussi un argumentaire sur les réponses à donner au maire si, par exemple, il rétorque qu’il a besoin de réfléchir, qu’il a déjà donné sa signature ou encore qu’il ne partage pas les idées du Front national. En se posant en victime dans les médias et sur le terrain, Marine Le Pen alimente pourtant les suspicions et l’idée qu’elle bluffe. En 2002, son père était parvenu à remonter dans les sondages en médiatisant sa quête des parrainages. Le 31 janvier, la présidente du Front national s’est rendue au Sénat pour apporter son soutien symbolique à un amendement réclamant l’anonymat des parrainages. Devant les caméras, la candidate a indiqué qu’elle ne disposait que de 340 promesses de signatures d’élus, soit “70 ou 80 de moins qu’en 2007”, à la même période. D’autre part, la question préalable de constitutionnalité du Front national concernant la publicité du nom des élus accordant leur parrainage doit être étudiée par le Conseil contitutionnel avant le 22 février.

      Puisque le Front national dispose de 118 signatures (Ndlf: 116 conseiller régionaux plus celle du seul conseiller générale Fn) grâce à ses conseillers régionaux et généraux, cela signifie qu’ils n’ont réussi à moissonner que 220 maigres signatures en dehors du parti. - durant les dernières élections présidentielles, il s’est avéré qu’il fallait 600 ou 700 promesses extérieurs, car à l’arrivée il y avait un désistement de 30 à 50%…

    “Ça devient très compliqué et la polémique autour de sa participation à un bal avec l’extrême droite autrichienne ne va pas arranger le taux de transformation des promesses de signatures”, redoute un conseiller de Marine Le Pen.

     La présidente du FN est tellement à la peine qu’elle va jusqu’à tourner le dos à sa stratégie de “dédiabolisation”. En décembre, Marine Le Pen était prête à réintégrer deux personnages sulfureux afin de recueillir leurs signatures. Des cadres du FN sont entrés en contact avec Olivier Wyssa et Alexandre Gabriac, deux conseillers régionaux exclus en avril dernier en raison de leur appartenance à L’OEuvre française, un groupuscule nationaliste et pétainiste. “C’est vrai qu’on leur a proposé de réétudier leur dossier en échange de leur signature”, reconnaît Dominique Martinvisiblement embarrassé. Après avoir renoncé à présenter un candidat à la présidentielle, le Bloc identitaire, qui avait récolté quelques signatures, a également été approché de manière informelle par le FN. “Il y a eu des appels à l’aide de cadres intermédiaires mais pas de démarche officielle”, confie ainsi le président de ce mouvement d’extrême droite radicale, Fabrice Robert.

 

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Published by Rivarol blog - dans Actualités
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