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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 09:21

 

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Mgr Tissier de Mallerais :

 

“La foi passe avant la légalité”

 

 

Il y a dix ans nous avions interviewé Mgr Tissier de Mallerais à propos de la parution de son épaisse biographie sur Mgr Lefebvre publiée aux éditions Clovis : Marcel Lefebvre. Une vie. L’ex-archevêque de Dakar avait accordé en 1968 un long entretien à RIVAROL qui avait fait date, deux ans avant de fonder la Fraternité Saint-Pie X. A l’occasion de la réédition de son ouvrage L’étrange théologie de Benoît XVI, Herméneutique de continuité ou rupture, par Les Editions du Sel, Couvent de la Haye aux Bonhommes, 49240 Avrillé (19 euros), nous avons à nouveau interrogé Mgr Tissier à un moment où de graves divisions se font jour au sein de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X sur la question d’un accord avec Benoît XVI. Dans cet entretien réalisé le 1erjuin l’on peut voir que Mgr Tissier né en 1945 et qui est l’un des quatre évêques sacrés par le prélat d’Ecône le 30juin 1988, le seul de nationalité française, s’oppose nettement à la stratégie de ralliement à BenoîtXVI de MgrFellay.

 

 

RIVAROL : On parle beaucoup de la “réintégration” imminente de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) dans l’«Eglise officielle». Qu’en est-il exactement ?

 

Mgr TISSIER de MALLERAIS : “Réintégration” : le mot est faux. La Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) n’a jamais quitté l’Eglise. Elle est au cœur de l’Eglise. Là où est la prédication authentique de la foi, là est l’Eglise. Ce projet d’“officialisation” de la FSSPX me laisse indifférent. Nous n’en avons pas besoin et l’Eglise n’en a pas besoin. Nous sommes déjà sur le pinacle, comme un signe de contradiction qui attire les âmes bien nées, qui attire beaucoup de jeunes prêtres malgré notre statut de paria. On voudrait mettre notre lumière sous le boisseau par notre intégration dans l’orbe conciliaire. Ce statut qu’on nous propose de prélature personnelle, analogue à celui de l’Opus Dei, est un statut pour un état de paix. Mais actuellement nous sommes dans un état de guerre dans l’Eglise. Ce serait une contradiction de vouloir « régulariser la guerre ».

 

R. : Mais certains dans la Fraternité Saint-Pie X pensent que ce serait quand même une bonne chose. Ne vous sentez-vous pas gênés par cette situation “irrégulière” ?

 

Mgr TISSIER : L’irrégularité n’est pas la nôtre. C’est celle de Rome. Une Rome moderniste. Une Rome libérale qui a renoncé au Christ-Roi. Une Rome qui a été condamnée d’avance par tous les papes jusqu’à la veille du concile. D’autre part l’expérience des sociétés sacerdotales qui se sont ralliées à la Rome actuelle est que toutes, les unes après les autres, y compris Campos et le Bon Pasteur, ont été mises en demeure d’accepter le concile Vatican II. Et on sait ce qu’est devenu Mgr Rifan, de Campos, qui maintenant ne voit plus d’objection à célébrer la nouvelle messe et qui interdit à ses prêtres de critiquer le Concile !

 

R : Que répondez-vous à ceux qui croient que Rome a changé avec  Benoît XVI ?

 

Mgr TISSIER : Il est exact que Benoît XVI a fait quelques gestes en faveur de la tradition. Principalement en déclarant que la messe traditionnelle n’a jamais été supprimée et secondement en supprimant en 2009 la soi-disant excommunication qui avait été déclarée à notre encontre à la suite de notre sacre épiscopal par MgrLefebvre. Ces deux gestes positifs ont attiré à BenoîtXVI des plaintes amères de la part de l’épiscopat. Mais le pape BenoîtXVI, tout pape qu’il soit, reste moderniste. Son discours programmatique du 22décembre 2005 est une profession de l’évolution des vérités de foi selon les idées dominantes de chaque époque. Malgré ses gestes favorables, son intention réelle en nous intégrant dans l’orbe conciliaire, ne peut être que de nous ramener à VaticanII. Il l’avait dit lui-même à S.E. Mgr Fellay en août 2005 et une note confidentielle de lui-même, publiée frauduleusement, vient tout récemment de le confirmer.

 

R. : Mais certains pensent que BenoîtXVI venant de la Bavière catholique, et qui est, croient-ils savoir, « d’une profonde piété depuis sa jeunesse », inspire confiance. Que leur répondez-vous ?

 

Mgr TISSIER : Il est vrai que ce pape est très sympathique. C’est un homme aimable, poli, réfléchi, un homme discret mais d’une autorité naturelle, un homme de décision qui a résolu plusieurs problèmes dans l’Eglise par son énergie personnelle. Par exemple des problèmes de moralité dans tel ou tel institut sacerdotal. Mais il est imbu du concile. Lorsqu’il dit que la solution du problème de la FSSPX est une des tâches principales de son pontificat, il ne voit pas où est le vrai problème. Il le situe mal. Il le voit dans notre soi-disant schisme. Or le problème n’est pas celui de la FSSPX, c’est le problème de Rome, de la Rome néo-moderniste qui n’est plus la Rome éternelle, qui n’est plus la maîtresse de sagesse et de vérité, mais qui est devenue source d’erreur depuis le concile VaticanII et qui le demeure aujourd’hui. Pourtant la solution de la crise ne pourra venir que de Rome. Après BenoîtXVI.

 

R : Alors comment voyez-vous la solution de ce désaccord jugé par beaucoup scandaleux de la FSSPX avec Benoît XVI?

 

Mgr TISSIER : Il est vrai que la FSSPX est une « pierre de scandale » pour ceux qui résistent à la vérité (cf 1 Petr 2, 8) et cela est un bien pour l’Eglise. Si nous étions “réintégrés”, nous cesserions par le fait-même d’être cette épine enfoncée dans le flanc de l’église conciliaire, d’être un vivant reproche à la perte de la foi en Jésus-Christ, en sa divinité, en sa royauté. 

 

R : Mais, Monseigneur, vous avez écrit avec vos deux collègues une lettre à S.E. Mgr Fellay pour refuser un accord purement pratique avec Benoît XVI. Quelles sont les raisons de ce refus ?

 

Mgr TISSIER : La diffusion de notre lettre est due à une indiscrétion dont nous ne sommes pas coupables. Nous refusons un accord purement pratique parce que la question doctrinale est primordiale. La foi passe avant la légalité. Nous ne pouvons pas accepter une légalisation sans que le problème de la foi soit résolu. Nous soumettre maintenant sans condition à l’autorité supérieure imbue de modernisme serait nous exposer à devoir désobéir. Alors à quoi bon ? Mgr Lefebvre disait dès 1984 : « on ne se place pas sous une autorité quand cette autorité a tous les pouvoirs pour nous démolir ». Et je crois que c’est sagesse. Je voudrais que nous produisions un texte qui, renonçant aux finasseries diplomatiques, affirme clairement notre foi et par conséquent notre refus des erreurs conciliaires. Cette proclamation aurait l’avantage premièrement de dire la vérité ouvertement au pape BenoîtXVI qui est le premier à avoir droit à la vérité et deuxièmement de restaurer l’unité des catholiques de tradition autour d’une profession de foi combative et inéquivoque.

 

R. : D’aucuns croient que le statut de prélature personnelle qu’on vous propose vous garantira suffisamment de tout péril d’abandonner le combat de la foi. Que répondez-vous ?

 

Mgr TISSIER : C’est inexact. Selon le projet de prélature, nous ne serions pas libres d’implanter de nouveaux prieurés sans la permission des évêques locaux et en outre toutes nos récentes fondations devraient être confirmées par ces mêmes évêques. Ce serait donc nous asservir tout à fait inutilement à un épiscopat globalement moderniste.

 

R. : Pouvez-vous nous préciser ce problème de foi que vous souhaitez voir résolu en premier lieu ?

 

Mgr TISSIER : Volontiers. Il s’agit, comme MgrLefebvre le disait, de la tentative du concile Vatican II de réconcilier l’Eglise avec la révolution, de concilier la doctrine de la foi avec les erreurs libérales. C’est BenoîtXVI lui-même qui l’a dit dans son entretien avec Vittorio Messori en novembre 1984 en disant : « le problème des années 1960 (donc celui du concile) était l’acquisition des valeurs les mieux mûries des deux siècles de culture libérale. Ce sont des valeurs qui, bien que nées hors de l’Eglise, peuvent trouver leur place, une fois purifiées et corrigées, dans sa vision du monde. Et c’est ce qui a été fait. » Voilà l’œuvre du concile : une conciliation impossible. « Quelle conciliation peut-il y avoir entre la lumière et les ténèbres ? », dit l’Apôtre, « quel accord entre le Christ et Bélial ? » (2 Cor 6, 15). La manifestation emblématique de cette conciliation est la Déclaration sur la liberté religieuse. A la place de la vérité du Christ et de son règne social sur les nations, le concile place la personne humaine, sa conscience et sa liberté. C’est le fameux « changement de paradigme » que confessait le Cardinal Colombo dans les années1980. Le culte de l’homme qui se fait Dieu à la place du culte de Dieu qui s’est fait homme (cf. PaulVI, discours à la clôture du concile, 7décembre 1965). Il s’agit d’une nouvelle religion qui n’est pas la religion catholique. Avec cette religion nous ne voulons aucun compromis, aucun risque de corruption, aucune apparence même de conciliation, et c’est cette apparence que nous donnerait notre soi-disant “régularisation”. Que le Cœur immaculé de Marie, immaculé dans sa foi, nous garde dans la foi catholique.

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Published by Rivarol blog - dans A lire dans RIVAROL
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commentaires

caunis-lavenue 27/06/2012 12:00


seul l'abbé de Nantes a eu une position sans équivoque sur le concile : en appeler à Rome et au Pape .Jamais Rome n'a répondu. L'abbé de Nantes a appelé de ses voeux un nouveau concile Vatican 3
dogmatique redéfinissant les Vérités et condamnant les erreurs de vatican 2. C'est OUI ou c'est NON. Les atermoiements de Mgr Fellay et les négociations avec Rome (où sommes nous ?) prouvent que
la Vérité n'est pas l'enjeu mais la continuation des "oeuvres" de Mgr Lefevre..


A consulter : http://www.crc-resurrection.org/1691-1962-2012-il-y-a-cinquante-ans-le-concile.html

Louis 16/06/2012 22:50


@ fred, "ce que vous dites est faux" ?


Je m'exprime peut-être mal mais ce que je dis n'est pas faux.Mrg Lefebvre ne voulait pas d'"arrangement avec Mrg Ratzinger, l'actuel pape.Il disait que la religion catholique (de tradition,
remontant aux apôtres) était différente de la nouvelle religion catholique issue du concile Vatican II avec toutes les HERESIES condamnées auparavant.Enfin, est-ce que je me fais bien comprendre
? Quand vous suivez l'enseignement donné par la Tradition, avec l'ancienne messe, la catéchisme de St Pie X et tous les dogmes réellement catholiques, vous sentez bien l'énorme différence avec ce
que vus pouriez entendre dans l'Eglise "officielle" dite "conciliaire" où on ne parle plus de la Royauté de Jésus-Christ, du jugement dernier, du purgatoire, de l'enfer ! Si vous assistez par
ex.à des obsèques par ces prêtres diocésains, ce n'est pas du tout la même chose ! "Tout le monde il est bon, tout le monde il est gentil !" "Toutes les religions se valent, les musulmans sont
nos frères, nous adorons le même Dieu", "les protestants sont nos frères également, nous pouvons assister sans crainte à leurs cultes..." ETC ETC.


Alors, voilà que des "discussions théologiques" secrètes ont eu lieu à Rome opposant des représentants de la Fraternité St Pie X à des théologiens conciliaires.Aucun accord n'en est sorti, chacun
reste sur ses positions, l'Eglise de Benoît XVI ne revient pas sur les erreurs du Concile pourtant condamnées avent le Concile !!! La dite "liberté religieuse", la "collégialité" (démocratie dans
l'Eglise), l'"oeucuménisme" ne sont pas catholiques et n'ont pas cours dans l'enseignement de la FSSPX, Mrg Lefebvre (et de nombreux autres pères du Concile) ont toujours clairement condamné ces
HERESIES.....Alors, ce que je disais, mon opinion de commentateur facilement compréhensive est qu'on ne peut pas plus que du temps du fondateur de la Fraternité obéir au pape actuel sur ces
sujets ni accepter de signer un accord pour se "réconcilier".On ne se réconcilie jamais avec les erreurs, c'est absurde ! Mais si l'Eglise reconnait s'être trompée, alors, oui, évidemment "Deo
Gracias" !


Je vous conseille d'aller voir dans les anciens missels et livres religieux, d'apprendre que les nouveaux prêtres ordonnés devaient prêter le "serment anti-moderniste", voir les explications sur
le modernisme qui est une forme du protestantisme, qui n'est donc point catholique, même si le pape le proffesse !


Merci de votre attention.

fred 15/06/2012 15:31


ce que vous dites est faux. La position de mgr fellay est en parfait accord avec ce que souhaitait mgr lefebvre. Je vouis renvoie aux analyses de l'abbé de tanouarn. 


Je suis choqué par les volontés sédévacantistes de certains, alors même que nous avons en benoît XVI un guide qui redresse la barre.

louis 15/06/2012 01:40


Ce qu'explique ici Mrg est en parfait accord avec ce que disait Mrg Lefebvre qui ne désirait pas signer un accord avec des prélats qui ne croient pas aux vérités catholiques fondamentales,
n'enseignent plus la Royauté Sociale de Jésus-Christ mais des principes condamnés avant le Concile Vatican II qui sont d'essence libérale, protestante, moderniste.


Il faudrait que Mrg Fellay se rétracte, qu'il ne signe pas, à l'exemple de Mrg Lefebvre qui était revenu sur sa signature s'apercevant qu'on l'avait "roulé".La question doit être posée aux papes
et au clergé actuel : enseignent ils le catéchisme de St Pie X ? Mettent-t'ils en garde contre l'enfer ? Adhèrent ils aux dogmes définis avant le Concile et précisemment interdisant la
collégialité, le faux oeucuménisme, l'indifférentisme ?  SI OUI, alors c'est que l'Eglise redevient catholique, renie les erreurs et hérésies du Concile Vatican II.On peut alors la
"réintégrer" sans crainte, pour le bien de l'Eglise !


"Rendez-nous le messe et le catéchisme",supliait Jean Madiran, en 1988 dans la revue "Itinéraires".Celà ne voulait pas dire "rendez aux Traditionalistes la messe, l'ancien catéchisme, les anciens
sacrements !" Mais "RENDEZ LES SANS CONDITIONS A TOUTE L'EGLISE !" Ce qui n'a pas été fait du tout, on s'est contenté d'autoriser ici ou là l'ancienne messe, dans des églises et par des prêtres
qui pratiquent la nouvelle messe qui n'est pas un sacrifice propitiatoire.Et on a osé dire que les deux messes se valaient !!! Quant à l'ancien catéchisme, on attend toujours ! Non, l'Eglise
actuelle est toujours dans l'erreur et ne produit que de mauvais fruits malgré la valeur humaine de certains de ses membres et du pape actuel.