Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 17:01

 

http://photo.parismatch.com/media/photos2/actu/societe/mohamed-merah3/4502684-1-fre-FR/mohamed-merah.jpg

 

Par Léon Camus dans le RIVAROL à paraître le 30/03/2012

 

Après l’émotion, le spectacle et les pétarades, vient le temps des questions. Questions qu’il faut poser avec insistance, sans trop espérer obtenir de réponses. Mais les “bonnes” questions sont déjà un pas en avant vers un peu de transparence… cette nécessaire “vérité” sans laquelle la démocratie n’est qu’un vain mot, un hochet.

Pour avancer dans le labyrinthe de cette ténébreuse affaire, il s’agirait en premier lieu de s’efforcer de savoir qui était vraiment Merah: un petit voyou voyageur ou plus? Un homme “manipulé”? En l’occurrence un correspondant stipendié de services occidentaux américains ou français… un agent dormant à l’intersection du crime organisé et des réseaux de l’islam radical? L’intéressant téléfilm scénarisé par Frédéric Krivine et intitulé «Nom de code DP» décrit précisément un cas de figure similaire dont auraient pu s’inspirer à bon escient les auteurs du “montage” qui nous occupe. Dans la fiction (prémonitoire?), une cellule djihadiste dormante se trouve infiltrée par un agent du Mossad…

 

Au-delà de l’hypothèse vraisemblable d’une manipulation, possibilité de plus en plus couramment présente à l’heure actuelle sur la Toile (cependant celle-ci parviendra-t-elle à briser le verrouillage médiatique et à s’imposer, rien n’est moins sûr?), il faut envisager que Merah n’ait pas agi seul et même puisse n’être pas— horresco referens— l’homme qui a perpétré les crimes. Dans ce cas, il pourrait être, suivant un cas de figure classique en matière de terrorisme, un écran, un leurre, jeté en pâture à la meute médiatique pour égarer l’opinion. À ce titre, une question préliminaire se pose: était-il seul ou accompagné? L’affaire annexe des vidéos hâtivement expédiées au bureau parisien de la chaîne qatarie Al Jezirah le jour où Merah se trouve encerclé, remet en cause la thèse du tueur solitaire(1). 

 

Pour accroître notre perplexité, le procureur de Paris, François Molins— le 23, peu après la mort de Merah— avait annoncé la découverte d’un sac «confié à quelqu’un» contenant la caméra du tueur ! On aimerait en savoir plus sur ce «quelqu’un». Alors Merah était-il un isolé comme la DCRI tente d’en accréditer l’idée, ou bien bénéficiait-il d’un réseau de soutien? Au demeurant, les circonstances de sa traque et de sa mort annoncée (pour ne pas dire programmée) sont aussi suffisamment insolites pour ne pas susciter quelques fortes interrogations… Dans l’hypothèse fondée d’une “instrumentalisation” de l’individu, il s’agirait in fine d’éclairer quels objectifs de politique intérieure ou méditerranéenne se trouvaient poursuivis par le truchement d’une telle provocation. Nous nous contenterons de poser ici quelques jalons…

 

MERAH DJIHADISTE GLOBE-TROTTER: UN BOBARD?

 

Dans un premier temps certains analystes ont voulu voir dans Merah, citoyen français d’origine algérienne, l’homme qui fut arrêté le 19 décembre 2007 en Afghanistan et condamné à trois ans de prison pour avoir posé des bombes dans la province de Kandahar… où il aurait été détenu par le Joint Special Operations Command au centre de Sarposa. Merah cependant s’en serait échappé lors d’une évasion de masse organisée par les forces rebelles. C’est à l’occasion de ce séjour carcéral que le Defense Counterintelligence and Human Intelligence Center— autrement dit le contre-espionnage offensif américain— l’aurait recruté afin d’infiltrer les réseaux djihadistes en France. 

 

Une éventualité certes extravagante, mais si parfaitement étrangère à de la pure spéculation, que le Directeur central du renseignement intérieur, Bernard Squarcini, l’homme qui devait prioritairement connaître le dossier Merah, s’est cru obligé de démentir ce 27 mars toute manipulation du présumé coupable, tant par les Américains que par les Français! Reste que pour en arriver à «cracher le morceau» encore a-t-il fallu que commences à être posées des questions gênantes qu’il fallait bloquer d’urgence. Montrant incidemment que le Directeur du renseignement, s’il n’est pas encore tout à fait sur la sellette, se trouve déjà en première ligne, devant faire face à toutes les incohérences ou les contradictions d’un dossier pourri.

 

Merah, super-djihadiste évadé de Kandahar, participe d’un segment du scénario aussitôt passé à la trappe. Parce qu’à moins d’avoir le don d’ubiquité, Merah est en principe, en décembre 2007, incarcéré en France et ce, jusqu’en septembre 2009. À cette époque, il ne se serait donc pas encore rendu au Proche-Orient ni en Asie Centrale(2)… car, aux dires de Bernard Squarcini, dans un long entretien publié le 23 mars dans Le Monde, à partir de septembre 2010 Merah «a passé du temps chez son frère au Caire après avoir voyagé au Proche-Orient: Turquie, Syrie, Liban Jordanie et même Israël. À Jérusalem, la police découvre un canif dans son sac puis le relâche. Ensuite, il se rend en Afghanistan en passant par le Tadjikistan. Il prend des parcours qui sont inhabituels et n’apparaît pas sur nos radars, ni sur ceux des services extérieurs français, américains et locaux. Il arrive le 13novembre à Kaboul, il est contrôlé le 22novembre à Kandahar et il rentre en France le 5décembre 2010»(3).

 

Remarque quant à la biographie de Merah: celle-ci semble très instable, ses différents éléments ne sont pas encore définitivement emboîtés les uns dans les autres. Et de jour en jour l’embrouillamini d’informations contradictoires grossit. Et c’est bien là peut-être le but de la manœuvre, rebuter l’opinion afin qu’elle renonce à vouloir comprendre face à un écheveau inextricable et par conséquent prête à faire siennes toutes les certitudes que lui prodigue une presse réputée libre. Pourtant, les bémols se multiplient. Dépêche AFP du 22 mars : les Services pakistanais et afghans, mais également les forces américaines et celles de l’Otan dans ce dernier pays déclarent «n’avoir aucune trace des séjours de Mohamed Merah, contrairement aux déclarations des autorités françaises»(4). Une info «passée dans l’épaisseur du trait», c’est-à-dire passée totalement inaperçue du public… Ce qui n’a pourtant pas empêché M. Squarcini de reprendre et de confirmer, dans son entretien au Monde, la version désormais officielle du djihadiste globe-trotter et de ses pérégrinations orientales. Corroborant de cette façon les déclarations du procureur de la République de Paris, François Molins, qui avait mentionné deux séjours, l’un en Afghanistan en 2010, l’autre au Pakistan, de deux mois, en 2011.

 

Ainsi, de la bouche même de l’un des pontes, et non le moindre, de la DCRI, nous apprenons que Mérah, délinquant multirécidiviste, passe d’un pays à l’autre sans la moindre difficulté grâce à son passeport de la République. Une interrogation seulement! Merah ne pouvait entrer en Israël avec un visa syrien (obligatoire), ni entrer en Syrie avec un tampon israélien sur son passeport… Rappelons que l’état de belligérance n’ayant jamais cessé depuis 1948 entre la Syrie et l’État hébreu l’on ne passe pas d’un pays à l’autre avec un document visé officiellement dans l’un des deux pays en guerre perpétuelle. Pourtant les Services spéciaux du Shin Bet, l’équivalent israélien de la DCRI [Haaretz du 26 mars], confirme la chose! Comment expliquer ce tour de passe-passe? Est-ce à dire que Merah possédait deux passeports? La question se pose, tout comme celle de connaître la source des moyens financiers avec lesquels il pouvait s’offrir des voyages forcément coûteux— s’ils ont réellement tous eu lieu— au-delà de l’Égypte, d’Israël et de la Jordanie. Et qu’allait-il donc faire en Israël? Acquérir les rudiments dans le maniement des armes— du pistolet mitrailleur compact 8 mm parabellum Uzi par exemple? Une teinture d’expérience qu’il n’aurait pas acquise au Waziristân en cours particuliers(5), surtout s’il n’y a jamais mis les pieds. Ici, l’on peut supposer que M. Squarcini s’est encore laissé aller à des révélations inconsidérées suscitant plus de curiosité que de certitudes apaisantes.

 

MERAH ET L’INFO MANIPULES ?

 

Doit-on finalement en déduire que si Merah, déjà connu conjointement des services de police et de la sécurité nationale, bénéficie d’une aussi longue lisière [laisse] lui permettant de se rendre dans les zones chaudes du Proche-Orient et de l’Asie centrale, ce serait évidemment parce qu’il serait une honorable recrue de la DCRI, à défaut d’être un infiltré du DCHC américain [voir supra]? Même le très conformiste Figaro ne peut— sous peine de décevoir ses plus subtils lecteurs ou de manquer le coche d’une tendance générale au scepticisme qui se dessine dans le contexte des échéances présidentielles et de la guerre des chefs— évacuer totalement une telle éventualité et toutes les questions qui s’y rattachent. [...]

 

 

 

 

Lire la suite sur le site de RIVAROL. Profitez-en, l'article est disponible dans son intégralité !

Partager cet article

Repost 0
Published by Rivarol blog - dans A lire dans RIVAROL
commenter cet article

commentaires