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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 18:15

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Agence de notation, Karachi : Sarkozy dans la mire

 

Le ciel est gris pour le président de la République. Nicolas Sarkozy, qui a fait de la note AAA de la France la marque de sa politique économique, se retrouve dans une situation délicate après les menaces de rétrogradation de l’agence Standard and Poor’s (S&P). En effet, quelques heures à peine après le mini-sommet franco-allemand du 5 décembre, au cours duquel le chef de l’Etat français et la chancelière allemande Angela Merkel ont scellé un compromis pour imposer à l’Union européenne une rigueur budgétaire accrue  et concocté un nouveau traité européiste (encore un !), l’agence de notation américaine annonçait le placement de 15 des 17 membres de la zone euro sous «surveillance négative» dont la France et l’Allemagne. Particulièrement visés: les six pays bénéficiant de la note maximale AAA, y compris nos voisins d’outre-Rhin à l’économie pourtant florissante. A l’intérieur de ce groupe, et c’est là où le bât blesse, la France est le seul pays à être menacé de perdre deux crans (contre un seul pour les autres). S&P a justifié sa sévérité envers notre pays à la fois par la situation des banques françaises qui sont actuellement les plus grandes détentrices sur le Vieux Continent de dettes souveraines de pays européens, par une prévision de croissance extrêmement modeste en 2012 (0,5%, selon l’OCDE, quand Bercy table bien imprudemment sur 1%) et par les prévisibles répercussions sur son économie des «problèmes politiques, financiers et monétaires au sein de la zone euro ». Merkel et Sarkozy veulent convaincre leurs partenaires européens, lors du sommet des 8 et 9décembre à Bruxelles, d’adopter leur accord qui comprend une règle d’or budgétaire et des «sanctions automatiques» pour les élèves indisciplinés. Mais le couple franco-allemand est-il encore crédible ?

 

A moins de cinq mois de l’élection présidentielle, cette menace de l’agence de notation américaine — dont il est choquant qu’elle s’arroge un pouvoir aussi exorbitant et arbitraire — est en tout cas une très mauvaise nouvelle pour le président sortant qui jusque-là remontait dans les sondages. Or, pour tenter de garder le triple A, Nicolas Sarkozy et le gouvernement Fillon risquent d’être contraints d’annoncer un troisième plan de rigueur, après les deux précédents, datés des 24 août et 7 novembre derniers, respectivement de 11 et 7 milliards d’euros. De nouvelles mesures d’austérité seraient du plus mauvais effet alors que le président s’apprête à entrer en campagne.

 

C’est dans ce contexte très dégradé que l’on apprend de nouvelles révélations sur l’affaire Karachi. Dans un entretien au Parisien du 1er décembre, Jacques Robert, membre du Conseil constitutionnel de 1989 à 1998, révèle que les neuf “sages” du Palais-Royal, à la demande de leur président de l’époque, le socialiste Roland Dumas, ont validé en 1995 les comptes de campagne de Jacques Chirac et d’Edouard Balladur — dont Nicolas Sarkozy était alors le ministre du Budget et le porte-parole — alors qu’ils savaient pertinemment qu’ils étaient faux. 

 

«Comme tous les dossiers électoraux, celui d’Edouard Balladur a été examiné par trois conseillers rapporteurs détachés auprès de nous par la Cour des comptes et le Conseil d’Etat. Leur rapport, présenté en séance plénière, était sans équivoque: les comptes du candidat Balladur accusaient dix millions de francs de recettes d’origine inconnue. Ils étaient donc irréguliers. (Ces experts) ont écrit à trois reprises, par lettre recommandée, mais Edouard Balladur ne leur a jamais répondu. L’explication selon laquelle ces dix millions provenaient de la vente de tee-shirts, esquissée par son trésorier, ne tenait pas la route. C’était une somme énorme. On s’est tous dit que Balladur se fichaient de nous. Les comptes de Jacques Chirac n’étaient pas corrects non plus. Mais les irrégularités n’avaient pas une telle ampleur.[…] Juste avant le vote Roland Dumas a passé une heure à l’Elysée avec Jacques Chirac. Sans doute lui a-t-il dit que la situation était délicate et qu’il avait dû manœuvrer pour faire régulariser les comptes. Mon impression, c’est que Roland Dumas, Jacques Chirac et Edouard Balladur se tenaient à l’époque par la barbichette. Et que nous avons servi de caution à une belle entourloupe.»

 

Ces révélations fracassantes intéresseront sûrement le juge Van Ruymbeke dont les investigations sur les circuits de financement occulte liés aux contrats d’armement se heurtent régulièrement au secret-défense. Or, dans ce dossier, il y a mort d’hommes. Le 8 mai 2002, un attentat contre les techniciens de la Direction des constructions navales (DCN) à Karachi fait 14 morts dont 11 salariés français. Une vengeance après que Chirac eut ordonné l’arrêt de versement de commissions en marge de contrats d’armement avec le Pakistan car le Corrézien était convaincu que la campagne de Balladur avait été alimentée par des rétrocommissions à hauteur de dix millions de francs. […]

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Published by Rivarol blog - dans Articles de J. B.
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