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11 janvier 2012 3 11 /01 /janvier /2012 16:35

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Marine Le Pen aura-t-elle ses cinq cents signatures?

 

 

Depuis un quart de siècle une question agite la presse et le monde politique lors de chaque campagne présidentielle: le candidat du Front national disposera-t-il avant la date limite du dépôt des signatures au Conseil constitutionnel des précieux sésames? Lors des quatre dernières élections présidentielles Jean-Marie Le Pen avait eu le plus grand mal à les obtenir (il en avait déposé finalement 601 en 1988, 591 en 1995, 537 en 2002 et 554 en 2007) et la décision s’était faite dans les derniers jours, aux forceps. Lors de ses vœux à la presse, le 5 janvier, Marine Le Pen s’est montrée particulièrement alarmiste sur le sujet: «En ce début d’année 2012, je suis très loin du compte en ce qui concerne les parrainages de maires nécessaires. Si les choses continuent à ce rythme, je risque de ne pouvoir être candidate en avril prochain. Cette vérité, les Français doivent la connaître» a-t-elle déclaré. Rappelons qu’à ce stade il ne s’agit que de promesses, les parrainages proprement dits étant recueillis au moyen d’un imprimé officiel envoyé aux 47462 élus habilités à donner leur signature. Ces formulaires dûment remplis sont alors adressés aux “sages” du Palais-Royal entre le 23 février et le 16 mars 18 heures, soit directement par le “parrain”, soit par le candidat s’il préfère recueillir lui-même par sécurité les paraphes. Inquiet, le vice-président du Front national, Louis Aliot, a déclaré au Figaro que «si Marine Le Pen ne pouvait pas être candidate à l’Élysée, l’UMP le paierait très cher à la présidentielle et aux législatives». «Il y aurait un mouvement naturel parmi nos sympathisants pour sanctionner Nicolas Sarkozy, qui serait considéré comme responsable de l’impossibilité faite à Marine Le Pen de se présenter», assure le numéro deux du mouvement. 

 

Contrairement à ce qu’écrivent certains commentateurs qui analysent ces déclarations comme une manœuvre, un moyen habile de se victimiser et ainsi d’engranger aisément des soutiens supplémentaires, cette inquiétude de la direction du Front national n’est pas feinte. Les candidats ne bénéficiant pas d’un solide réseau d’élus locaux éprouvent tous de sérieuses difficultés à obtenir ces cinq cents sésames. Christine Boutin ne cesse de se plaindre de la réticence des édiles à signer en sa faveur, le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan mais aussi le candidat du Nouveau Parti anticapitaliste Philippe Poutou se heurtent au même problème. Du fait de l’intercommunalité, les maires se sentent de moins en moins libres, dépendent d’échelons supérieurs pour l’octroi de subventions et craignent de se mettre à dos beaucoup d’administrés mais surtout beaucoup d’élus locaux et nationaux influents en accordant leur signature à des candidats qualifiés de marginaux, d’extrémistes, de dangereux et qui sont de surcroît souvent accusés de diviser leur camp. N’oublions pas que la nouvelle carte des intercommunalités voulue par Nicolas Sarkozy se négocie actuellement dans chaque département sous l’égide du préfet. L’adhésion à une communauté de communes est désormais obligatoire pour toutes les communes jusqu’ici réfractaires. Un maire pourrait donc hésiter à accorder sa signature à un candidat à l’Élysée qu’il sait susciter l’hostilité des autres édiles de la communauté de communes avec qui il va devoir travailler chaque jour. D’autant plus que dans notre monde moderne, les gens sont de moins en moins courageux et ont des convictions de plus en plus évanescentes. Par conséquent il n’est pas étonnant que l’on ne trouve pas de maires en nombre suffisant pour parrainer des postulants hors du système UMPS. A part avoir des ennuis et des soucis de toute sorte, un maire n’a strictement rien à gagner à parrainer la candidate soutenue par le Front national.

 

En outre, le formulaire officiel qui sera adressé fin février aux élus n’emploie pas le mot de parrainage. Le terme officiel est celui de «présentation d’un candidat à l’élection présidentielle», formulation pour le moins ambiguë. À la lecture de cet imprimé, il est impossible de savoir si accorder sa signature revient ou non à partager les idées du candidat. Cette équivocité est certainement voulue et a également de quoi dissuader de nombreux édiles, peu désireux d’être soupçonnés de sympathie pour une candidate qualifiée d’extrême droite malgré tous les gages qu’elle donne. Ce qui se passe actuellement prouve d’ailleurs que faire des concessions à la pensée unique, envisager de se rendre en Israël, ne suffit pas à s’attirer les bonnes grâces des élus. La leçon mériterait assurément d’être retenue.


Le 22 décembre Marie-Christine Arnautu, vice-présidente du Front national, s’est rendue au Conseil d’Etat afin d’y déposer un recours et une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) concernant les parrainages des élus pour la présidentielle, le FN jugeant le système actuel “anticonstitutionnel”. Le Front national conteste le fait que le nom des parrains soit rendu public. Il est vrai qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Jusqu’en 1976 il ne fallait que 100 signatures et le nom des parrains restait secret. A partir de 1976 on a élevé de 100 à 500 le nombre nécessaire de paraphes et l’on a décidé de rendre publique l’identité des signataires, officiellement afin d’empêcher les candidatures fantaisistes style Marcel Barbu. 

 

Si la publicité des noms présente de sérieux inconvénients car elle autorise évidemment toutes les pressions (des édiles ont en effet été insultés, leurs maisons taguées parce qu’ils avaient donné leur signature à Le Pen ou à Mégret, certains ont même dû démissionner, leur conseil municipal s’opposant vivement à leur initiative), l’anonymat ne nous semble pas une meilleure solution car qui ne voit qu’il permettrait aux principaux partis de multiplier les grandes manœuvres et les coups fourrés sans aucun risque qu’ils soient ébruités (des élus de droite favorisant ainsi des candidats dissidents de gauche et inversement, la droite aidant des candidatures d’extrême gauche, la gauche des candidatures d’extrême droite pour neutraliser le camp d’en face, etc.)? Le remède serait selon nous pire que le mal. Si l’on raisonne dans le cadre du système actuel (mais nous croyons pour notre part qu’il n’est ni réformable ni amendable et que rien de bon ne peut venir de la démocratie et de l’électoralisme), seule la proportionnelle intégrale à toutes les élections résoudrait le problème. Si tous les députés, tous les sénateurs, tous les conseillers généraux et régionaux étaient élus selon ce mode de scrutin très équitable, le FN n’aurait évidemment aucun mal à obtenir ses 500 paraphes. Il n’y aurait même pas besoin de changer la loi. Mais évidemment le Système se gardera bien de prendre une telle initiative. Au contraire, puisque la réforme territoriale de Sarkozy qui s’appliquera en principe dès 2014 prévoit l’élection de tous les conseillers territoriaux au scrutin majoritaire uninominal à deux tours, façon certaine de laminer le FNet d’imposer le bipartisme ou, à tout le moins, la bipolarisation. Ce qui soit dit en passant rendra encore plus difficile dans cinq ans pour le candidat frontiste la collecte des précieux paraphes.

 

Cela dit, pour être tout à fait honnête, si le Système ne recule logiquement devant aucune astuce pour gêner ses adversaires, fussent-ils très modérés, le FN a lui aussi ses responsabilités dans la situation actuelle. En effet depuis trente ans il n’a quasiment rien fait pour s’implanter dans la durée sur le plan local, perdant de surcroît toutes les municipalités qu’il avait conquises, se fâchant inutilement avec des élus implantés comme Jacques et Marie-Claude Bompard, maires respectifs d’Orange et de Bollène, se séparant d’un Fernand Le Rachinel, d’un Pierre Jaboulet-Vercherre qui apportaient chacun, grâce à leur réseau, des dizaines de signatures en Normandie et en Bourgogne, se dispensant du savoir-faire technique d’un Carl Lang qui, par deux fois, en 1995 et en 2002, a sauvé une situation désespérée. […]

 

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jeromebourbon@yahoo.fr

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Published by Rivarol blog - dans Articles de J. B.
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