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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 18:28

 

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Peugeot victime de la guerre contre l’Iran

 

 

Les mauvaises nouvelles se succèdent pour le gouvernement. Le laboratoire Sanofi-Aventis va supprimer 2500 postes, plusieurs liquidations judiciaires frappent le secteur du bâtiment et des travaux publics ce qui concerne des centaines d’emplois, enfin le groupe PSA a annoncé la suppression de 8000 postes et la prochaine fermeture de son site d’Aulnay. Face à cette annonce le ministre dit sans rire du Réarmement industriel Arnaud Montebourg puis le président de la République François Hollande, lors de son allocution télévisée du 14juillet, ont dit que le plan annoncé était inacceptable. Mais que font-ils concrètement pour aider l’entreprise et les ouvriers menacés de perdre leur emploi ? On se souvient déjà de l’impuissance qu’avait manifestée un autre socialiste, alors Premier ministre, Lionel Jospin lors de la fermeture de l’usine Renault à Vilvoorde. Et François Mitterrand, au cours de son second septennat, avait osé dire à la télévision que contre le chômage on avait tout essayé et que l’on n’y pouvait rien. Ce qui est totalement faux. D’ailleurs, dans le cas de Peugeot, c’est l’alignement sur la politique américaine radicalement anti-iranienne qui est en partie responsable du désastre actuel.

 

On a beaucoup glosé sur les erreurs stratégiques du groupe PSA-Citroën, notamment sur sa relative absence sur les marchés émergents, l’Inde et particulièrement la Chine. Nous ne nous étendrons pas sur cette discussion sachant cependant que PSA vend chaque année environ 700000 véhicules à l’exportation dont en 2011, 458000 ventes en Iran… contre 441790 en France ! Une perte sèche de 200000 véhicules pour le seul premier semestre 2012 puisque PSA a renoncé spontanément à ce fructueux marché pour obéir aux oukases des néoconservateurs de Washington. Toujours “eux” ! 

Bénéficiaire en 2010— d’où les 200millions d’euros répartis entre ses actionnaires en janvier 2011—,le groupe est désormais en chute libre en raison de l’effondrement du marché européen, principalement celui de l’Espagne et de l’Italie, toute deux en plein marasme.

    

C‘est en février dernier que Peugeot PSA prend la décision de “suspendre” ses livraisons à l’Iran à partir de mars. Une décision meurtrière qui va aujourd’hui coûter quelque 8000 emplois au secteur industriel hexagonal. Elle sera reconduite en avril dans la perspective d’un désengagement définitif du marché persan… dont le groupe détient pourtant près de 30% et où il est présent depuis 1978… soit 34 ans, ayant survécu à la Révolution islamique, à la guerre Iran-Irak, aux deux guerres du Golfe et aux sanctions internationales. Son partenaire local «Iran Khodro» y commercialisait jusqu’à maintenant les modèles 405 et 206 assemblés en Iran à partir de pièces produites en France sur le site de Vesoul.

 

Mais le 29 février dernier PSA se pacse avec General Motors qui entre dans le capital de Peugeot à hauteur de 7%. Simultanément Peugeot annonce qu’il interrompt ses livraisons à l’Iran, se défendant contre l’hypothèse d’un lien de causalité entre les deux événements : « Cette décision n’a pas été prise pour répondre à des pressions de GM. Nous faisons face à une situation géopolitique compliquée et les sanctions mises en place, notamment vis-à-vis des banques, ne nous permettent plus de garantir le financement de nos activités sur place ».

    

En fait le groupe de pression UANI— United against nuclear Iran— dont les capacités de nuisances sont phénoménales — est intervenu auprès de General Motors en plaçant l’entreprise sous la menace d’une enquête du Congrès… celle-ci relative à son association avec le constructeur français, et afin que la multinationale américaine exerce toutes pressions nécessaires pour contraindre Peugeot à cesser immédiatement ses activités en Iran. Les copies des courriers établissant ce scénario — dont les destinataires ont été le président Obama ainsi que le 9mars 2012, Daniel Ackerson, PDG de GM et Philippe Varin, PDG de Peugeot SA — sont à chercher sur le site même de l’UANI(1). 

Dans ces deux courriers aux dirigeants industriels, le lobby rappelle qu’un strict régime de sanctions s’applique à l’Iran, lequel interdit aux entreprises américaines d’entrer en partenariat avec des entreprises de ce pays. Facteur aggravant, depuis son renflouement par l’État en 2008, GM est à 32 % une entreprise publique… Rhétorique du chantage : « En 2008-2009 les contribuables [américains] ont financé à hauteur de 50milliards de dollars le sauvetage de GM et les 32 % de participation du Département du Trésor américain dans la société, il est par conséquent inacceptable que GM entre en partenariat avec une entreprise faisant si ouvertement des affaires avec un régime responsable de la mort de militaires des États-Unis et de l’Otan et qui en outre menace la sécurité des États-Unis et du monde ». Rien que ça ! Les missives s’achevant sur un ultimatum: « Merci de nous faire savoir avant le 19mars 2012 si oui ou non vous allez agir pour mettre fin aux affaires de Peugeot en Iran »…

 

Quelques jours à peine après l’élection de François Hollande, Michel Rocard effectue une discrète mission en Iran. L’ancien Premier ministre, au cours de sa visite, a eu l’occasion de s’entretenir avec le chef de la diplomatie iranienne, Ali Akbar Salehi, le négociateur du dossier nucléaire, Saïd Jalili, ainsi qu’avec le président de la Commission des Affaires étrangères du Parlement, Alaeddin Boroujerdi. Cependant Michel Rocard, last but not least, aurait également rencontré les responsables du groupe Peugeot-Citroën. Sans opérer de conclusions hâtives, il suffit de se reporter aux déclarations du chargé de mission de la nouvelle présidence pour mieux comprendre l’un des objets de ce voyage : « Je ne crois pas que les 7% de participation dans Peugeot acquis par GM vont affecter les relations d’affaires entre Peugeot et IKCO ». Ou Michel Rocard sombre dans le gâtisme ou il s’agit bien de comprendre après coup qu’il fallait entendre l’inverse. Ce que l’on appelle d’ordinaire le double langage, ou mieux, la «langue de bois»! En tout cas le gouvernement français savait et il s’est tu sachant que l’inéluctable arriverait aussitôt les lampions de la fiesta présidentielle éteints. Notons au final à quel point la presse — écrite et audiovisuelle, comme à son habitude — ne s’est pas départie de son rôle de grande muette se faisant en la circonstance d’une discrétion de violette sur cet aspect résolument non documenté du “séisme” Peugeot. Mais n’a-t-on pas à ce jour la presse que nous méritons? [...]

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