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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 11:08

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Par Léon Camus

 

Difficile, au moment de boucler (mercredi 21 mars 2012 à 15 heures), d’anticiper vraiment le dénouement de la sale affaire de Toulouse, ni de réécrire de fond en comble l’article initialement prévu dont cependant la substance reste pour l’essentiel inchangée. Au moment présent le tueur identifié (et pas seulement présumé puisque la plume libre n’est pas serve!) est retranché dans un appartement. En toute logique, le suspect ne devrait finalement répondre aux questions des enquêteurs qu’à la morgue. La chronique des heures suivantes sera peut-être celle d’une «mort annoncée». C’est d’ailleurs la prophétie auto-réalisable de M. Marc Stzulman, secrétaire général du Conseil représentatif des Institutions juives de France de Midi-Pyrénées qui déclarait ce 21 mars au matin: «Il semblerait» qu’au moment même où les dépouilles de ses victimes arrivaient en Israël, l’individu cerné par le Raid à Toulouse, «ne veuille pas se rendre». On s’en douterait! Ce genre d’affaire s’achève rarement par un procès en bonne et due forme!

 

Le tueur de Béziers qui, le 2 septembre 2001, liquida le directeur de cabinet du maire et tirait au bazooka sur les véhicules de police, Samir Berkera, un repris de justice de 27 ans, fut attiré dans un guet-apens et proprement liquidé. Le tireur du Conseil municipal de Nanterre (27 mars 2002— 8 morts, 19 blessés), se défenestrera (spontanément?) le lendemain lors de son interrogatoire… Pensons également à Lee Harvey Oswald, assassin présumé solitaire de John Kennedy le 22 novembre 1963, abattu par un membre de la mafia de Chicago, le judéo-américain Jack Ruby, 48 heures après son arrestation… Ruby décédera lui-même de «mort naturelle» quelques années plus tard avant son second procès. Quant au protagoniste de l’affaire de Carpentras (voir note 3), il connut un sort analogue… pour ne pas parler des auteurs (présumés) des grands attentats de Madrid, de Bali ou de Londres qui disparurent dans les cendres de leur repaire ou dans le fracas de leurs bombes.

 

Mais dès à présent certaines questions et réflexions s’imposent. Pourquoi la police n’a-t-elle pas procédé immédiatement à l’arrestation de cet individu bien connu des services de police, notamment de la section anti-terroriste pour ses séjours en Afghanistan, cela immédiatement après le premier assassinat d’un militaire à Toulouse? Serait-ce à dire qu’“on” l’aurait volontairement laissé poursuivre son parcours sanglant en toute connaissance de cause? Que toute cette affaire pourrait en un mot relever d’un savant montage? La question n’est pas du tout oiseuse…

 

Retour sur quelques faits. Le meurtrier avait donné rendez-vous à sa victime via Internet en vue de lui racheter une moto. Ayant utilisé l’ordinateur de son frère pour établir le contact, le tueur vient d’être identifié maintenant— mais un peu tard— par son adresse IP. Pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt ? Ou bien la mort d’un soldat n’a-t-elle aucun intérêt aux yeux de l’Administration ? C’est peu probable. La cible toulousaine avait servi en Afghanistan et l’affaire était d’entrée de jeu “sensible”. Car comment se fait-il que le meurtrier, suivi pour différents séjours en zone de guerre et avec un passé de délinquance— il aurait été arrêté pour des faits de droit commun à Kandahar au Pakistan à la frontière afghane [Ouest-France 21 mars]— n’ait pas été appréhendé plus tôt? À l’instar du tueur de Béziers, notons la connexion de crimes supposés “politiques” ou religieux, avec la criminalité ordinaire, mais à caractère “explosif” dans le sud de la France, notamment en relation avec les narcotrafics. 

 

Résumons-nous : si les services de police avaient matériellement tous les éléments en mains pour procéder à une arrestation quasi immédiate du tueur, pourquoi ne l’ont-ils pas fait? Est-ce par défaillance ou volontairement que l’enquête primaire n’a pas abouti avant la prolongation de la série? Si c’était le cas, faut-il imaginer que l’homme a été sciemment laissé dans le circuit sachant qu’il allait poursuivre son sanglant parcours? Là, il s’agirait de remonter la chaîne des responsabilités, de démonter le mécanisme de cette machine infernale qui a explosé au visage de la Nation à un tournant décisif de la campagne de la présidentielle.

 

Questions qui sont très loin d’être gratuites surtout si l’on se demande en outre comment un homme suivi par la Sécurité intérieure peut acquérir et conserver un nombre indéterminé d’armes de guerre. En effet, il aurait également utilisé un pistolet mitrailleur compact Uzi chambré en 9 mm Parabellum… une arme peu courante sur le marché, de fabrication israélienne. Rappelons au passage que certains éléments de nos Forces spéciales ont suivi des entraînements à la guérilla urbaine, justement en Israël dont l’excellence en la matière est universellement reconnue, notamment par les Palestiniens qui en font les frais!

 

À l’évocation de ces quelques faits, on aura compris que l’affaire a des chances d’être beaucoup moins linéaire qu’il n’y paraît de premier abord… et dans ce qui en surnagera dans la soupe médiatique des prochains jours. À savoir, l’histoire somme toute banale de nos jours, d’un jeune type de 24 ans qui «pète les plombs» et passe à l’acte pour venger les innocents martyrisés en Palestine et ailleurs… Ça, ce n’est cependant qu’un aspect de l’histoire, mais pas toute l’histoire, uniquement la version utile à repaître l’opinion. L’analyse (ci-dessous) rédigée pour l’essentiel avant l’identification du présumé coupable se proposait de montrer que dans toutes les cas similaires nous avons à faire à des «poupées russes», des emboîtements gigognes, des affaires qui— comme les trains— peuvent en cacher beaucoup d’autres. 

 

À ce stade, ne perdons pas de vue que nos Forces spéciales ont été clandestinement à l’œuvre en Libye avec un PC de campagne à Benghazi et pire, étaient encore il y a peu sur le terrain de la guerre subversive que l’Occident mène actuellement en Syrie par djihadistes irakiens et commandos de choc qataris et séoudiens interposés. Qu’à ce titre les missions confiées à notre armée (ou à ce qu’il en reste: la totalité des forces françaises tiendraient dans le Stade de France !), n’ont plus rien à voir avec la défense de nos intérêts vitaux, mais s’inscrivent dans une stratégie d’empire dont nous ne sommes plus que les exécutants serviles. Cela pour dire que l’armée française (nous ne parlons pas des hommes qui n’en peuvent mais et ne sont que du “matériel” expandable, du “consommable”, en dépit des discours ronflants et des larmoiements de circonstances), n’est pas “blanc-bleu” et qu’elle doit se percevoir comme un calque de sa grande sœur américaine… À ce titre, rien n’exclut qu’elle autofinance ses opérations clandestines de guerre subversive, de la même façon que l’armée américaine… laquelle inonde putativement la planète de l’héroïne produite en Afghanistan, premier Narco-État depuis la chute des Taliban en novembre 2001: à cette date l’Émirat islamique ne produisait plus— après la promulgation de fatwas ad hoc— que 140 tonnes d’opium, sept ans plus tard la production était passée à quelque 8 mille tonnes sous l’œil indifférent des soldats de l’Otan. C’est dire que derrière les guerres fraîches et joyeuses que livre le monde (dit) libre aux barbus rétrogrades sont des cloaques. Des sentines que l’on se garde bien de laisser entrevoir aux opinions publiques sempiternellement intoxiquées et baladées.

 

Un dernier mot pour signaler qu’en Irak, ce mardi 20 mars, jour du neuvième anniversaire de l’invasion américaine, une série d’attentats coordonnés a touché quinze villes, causant une cinquantaine de morts… A Paris, notons l’explosion ce 21 mars au matin d’une bombe artisanale déposée devant l’ambassade d’Indonésie dans le XVIe arrondissement de Paris, sans victime collatérale. Pour ceux qui s’entêteraient à l’ignorer, la jonchée de cadavres qui traverse le continent, de Kaboul à Bagdad et de Damas à Paris via Toulouse, doit nous rappeler que la guerre est là et que les stratèges de la terreur— ceux qui sèment les morts anonymes— savent à merveille manipuler les peurs collectives pour faire accepter aux peuples l’inacceptable. Et l’inacceptable, c’est la servitude et la guerre accueillies comme le salut! […]

 

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Published by Rivarol blog - dans A lire dans RIVAROL
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