Les militants gay se livrent à un lobbying forcené pour aboutir à une commémoration officielle par les autorités françaises de la déportation homosexuelle pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Elu UMP d’Ile de France et président du mouvement "Aujourd’hui, Autrement", Jean-Luc Romero, a demandé au gouvernement que les associations homosexuelles soient officiellement autorisées à
« commémorer partout en France les victimes homosexuelles de la barbarie nazie » à l’occasion de la Journée nationale de la Déportation, le 24 avril
prochain (1). A l’appui de cette revendication, Jean-Luc Romero affirme que
« des homosexuels français ont été arrêtés, déportés, torturés ». De leur
côté, l'Inter-Centres LGBT, l’association Les
«Oublié(e)s» de La Mémoire et le collectif Homoboulot ont été reçus au ministère délégué aux Anciens
combattants -où ils ont leurs entrées (2)- pour relayer la même revendication (3).
Si la persécution des homosexuels par les nazis n’est pas contestable, il convient de préciser les faits en ce qui concerne la France occupée. On lit souvent que le régime de Vichy a pénalisé
l’homosexualité. Ce n’est pas tout à fait exact. Connue comme la
« loi Darlan », la loi n° 744 du 6 août 1942 interdisait les
« actes contre-nature avec un mineur de son sexe âgé de moins de 21 ans ». Il s'agit ainsi davantage d'une définition discriminatoire -puisque, c'est un fait, il
n’en allait pas de même pour les relations hétérosexuelles- de la protection des mineurs que d'une prohibition de l'homosexualité à proprement parler. Quant à la déportation homosexuelle
orchestrée par le régime nazi -en application du fameux paragraphe 175 du code pénal allemand de 1871 qui interdisait les relations sexuelles entre hommes-, elle n’a concerné en France que
les homosexuels d’Alsace et de Moselle qui, après l’armistice de 1940, étaient sous le joug du reich allemand et non sous celui du gouvernement de Pétain. En dépit de tous les crimes dont il
s’est rendu complice, le régime de Vichy n’a pas déporté les homosexuels en tant que tels.
La confusion sur ce sujet a récemment été entretenue par la diffusion en prime-time du téléfilm
Un amour à taire, une
« fiction sur la déportation homosexuelle » qui, paraît-il,
« a été occultée ». Il s’agit en réalité d’un téléfilm sur la
descente aux enfers d’un jeune français amoureux d’un résistant qui, après avoir été dénoncé par son propre frère, est déporté comme prisonnier politique dans un camp de concentration (4).
Là-bas, son parcours croise celui de déportés homosexuels alsaciens avec lesquels il se solidarise comme le montre une scène où il revêt une tenue frappée du triangle rose, image qui sera
opportunément retenue sur l’affiche du téléfilm paru en DVD le lendemain de sa diffusion sur France 2. Dans le même temps, on a réédité le livre
Moi, Pierre
Seel, déporté homosexuel, récit pathétique des mésaventures d’un jeune alsacien, interné six mois au camp de Schrimeck avant d’être libéré, renvoyé chez ses parents puis enrôlé dans la
Wehrmacht comme tant d’autres
« malgré-nous » (5). Frappé du triangle bleu des
« asociaux » -et non du
triangle rose qui désignait les homosexuels- Pierre Seel était peut-être un homosexuel déporté à Schrimeck, mais pas un
« déporté homosexuel ».
Nuance. Son parcours qui, comme il le raconte lui-même, l’a conduit à combattre les partisans yougoslaves sous l’uniforme nazi, disqualifie Pierre Seel pour recevoir la Légion d’Honneur que
réclament pour lui ses soutiens du mouvement gay (6) au nom de ces
« oubliés de la mémoire » que seraient les homosexuels (7).
Seuls les ignorants ignoraient la déportation homosexuelle. L’existence des triangles roses est mentionnée dans de nombreux manuels scolaires ou livres sur la déportation. Un ouvrage d’Eugen
Kogon soulignant le sort épouvantable réservé aux déportés homosexuels dans les camps,
L’Etat SS, le système des camps de concentration allemands, a
été publié en France dès 1947 ! C’est donc un faux
« tabou de la déportation homosexuelle » que le téléfilm de France 2 et l’ouvrage de Pierre Seel
prétendent briser. Derrière ces deux projets, on retrouve le même homme, Jean Le Bitoux, qui a tenu la plume de Pierre Seel et officié comme
« conseiller
historique » pour la production d’
Un amour à taire (8). Ancien magnat du minitel rose et fondateur de Gai-Pied dans les années 1980, Jean Le
Bitoux a fondé le Mémorial de la Déportation Homosexuelle avec Thierry Meyssan, l’auteur du livre qui prétendait qu’aucun avion ne s’était écrasé sur le Pentagone le 11 septembre 2001 (9)…
Avec de telles références, on comprend que ce Mémorial n’ait jamais été reconnu par les associations de déportés comme la FNDIRP (Fédération nationale des déportés et internés résistants et
patriotes) et l'UNADIF (Union nationale des déportés et internés français) qui font valoir à juste titre que la commémoration de la déportation homosexuelle a du sens à Berlin ou à Strasbourg
mais qu’elle est hors-sujet à Paris.
Les auteurs d’Un amour à taire ne cachent pas que ce téléfilm est le fruit d’une
« volonté militante, partagée par tous les gens qui sont intervenus sur le
film, du réalisateur aux acteurs en passant par le diffuseur » (10), ce qui ne l’a pas empêché d'obtenir un financement du CNC et un accord de diffusion de France 2 avant même
l'écriture du scénario ! De même, Jean Le Bitoux a truffé le récit de Pierre Seel de considérations anachroniques sur la lutte contre l’homophobie et sur le mouvement gay (11). La question de
la déportation est ainsi devenue un enjeu des revendications communautaires qui prennent en otage le devoir de mémoire. Derrière les discours sur les
«
triangles roses français », on voit ainsi se développer un phénomène malsain de concurrence des victimes visant à disputer aux juifs l’héritage historique de l’extermination nazie dans
le but de s’attribuer une part de la
« dette imprescriptible de la France à l’égard des juifs » évoquée récemment par Jean-Pierre Raffarin. Aussi
importe-t-il de se baser sur les faits et de veiller à ce que la simplification de la vérité n’aboutisse pas à la travestir dans un but politique. Comme le rappelait récemment l’historien
Pierre Vidal-Naquet,
« dire que Vichy a déporté les homosexuels n’est peut-être pas du révisionnisme, mais c’est un mensonge » (12).
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(1) Communiqué du 24 mars 2005 du parti Aujourd’hui Autrement :
lire en
ligne
(2) Laurent Bellini, l'ancien président de la
« chorale gay » Melo’Men qui chante chaque année sur le site du Mémorial de la Déportation en souvenir
des Triangles roses a été directeur du protocole au ministère des Anciens Combattants (le rôle actif qu'il a joué auprès des autorités pour faire reconnaître la déportation homosexuelle est
expliqué sur le site : http://www.hexagonegay.com/TrianglesRoses/Paris2004-01.html)
(3) L’ensemble des revendications homosexuelles autour de la commémoration de la déportation figure sur le site des
« Oublié(e)s » de La Mémoire
(
lire en ligne.
(4) Voir à ce sujet sur le site de l’Observatoire du Communautarisme :
Manipulations autour de la déportation homosexuelle
(5) Pierre Seel (avec Jean Le Bitoux),
Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel, Calmann-Lévy, 1994, réédition en mars 2005.
(6) A la fin du mois de mars 2005, Jean Le Bitoux a écrit à la Grande Chancellerie de la Légion d'Honneur pour qu'une décoration soit remise à Pierre Seel.
(7) Jean Le Bitoux,
Les oubliés de la mémoire, Hachette Littératures, 2002.
(8) Un bonus du DVD d’
Un amour à taire est constitué d’une interview de Jean Le Bitoux.
(9) Voir l’entretien de Thierry Meyssan sur le site du Mémorial de la Déportation homosexuelle :
lire en ligne
(10)
E-llico : « La télé reconnaît les triangles roses »
lire en
ligne
(11) La réédition précipitée du livre de Pierre Seel dans la foulée de la diffusion du téléfilm
Un amour à taire a omis de corriger les estimations
fantaisistes de la déportation homosexuelle qu’il contenait :
-
« on estime à trois cent cinquante mille le nombre des homosexuels déportés. Parmi eux, bien peu en réchappèrent » (p. 179)
-
« il y a eu huit cent mille personnes massacrées pour fait d’homosexualité » (p. 191)
En réalité, les estimations du nombres de déportés au triangle rose varient entre 5.000 et 63.000, le nombre de morts dans les camps étant compris dans une fourchette de 5.000 à 15.000
(chiffres consultables à l'adresse internet suivante :
lire en ligne
(12) Forum du 24 janvier 2005 du quotidien permanent du
Nouvel Observateur :
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