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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 19:41

 

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Par Fabienne Ballarin dans RIVAROL n° 3041 du 6/04/2012

 

Quiconque a vu Checcaglini face à Marie-Christine Arnautu sur Canal Plus ne peut que s’étonner du contraste entre cette femme malingre, sèche, nerveuse et agressive, et le livre qu’elle a tiré de son expérience d’infiltrée au sein du Front mariniste. Un ouvrage qui se lit d’une traite, comme un roman, sans longueur, lourdeur ou répétition. Un document digne d’intérêt en ce qu’il dévoile les tensions idéologiques de ce parti désireux d’opérer sa mue. Au milieu de nouveaux adhérents qui « n’auraient jamais voté pour Jean-Marie Le Pen » et se félicitent des gages donnés par Marine Le Pen au Système, des anciens, nettement plus sympathiques, qui défendent Gabriac, prévoient (et non pré- parent, comme elle l’affirme) le conflit civilisationnel contre l’islam, lisent les thèses de Thierry Meyssan, Robert Faur- risson ou Vincent Reynouard.


Au début du livre, un chapitre relate en quelques pages le banquet des soixante ans de RIVAROL. Checcaglini, sous le nom de Gabrielle Picard, avait donc infiltré notre réunion champêtre. Or, même Gollnisch avait boudé cet événement dans la vie de notre hebdomadaire, qui n’avait par consé- quent aucun lien avec le FN. Rien qui puisse justifier la participation de notre gauchiste à cette journée qui s’est révélée être un véritable supplice, de son propre aveu. Il faut dire que cette bien-pensante a la tripe sensible : voir les titres des prospectus de Reynouard ou des ouvrages d’Hervé Ryssen, entendre les discours de Holeindre ou de Spieler, lui donnent la nausée.

Quelle était donc l’utilité de ce chapitre ? Il semble que Checcaglini y soit venue chercher le soufre qui faisait défaut au nouveau FN. Les relents de peste brune peuvent ainsi s’étendre sur toute la suite de son expérience, Checcaglini se gardant bien de mentionner les conflits existant entre la nouvelle direction du FN et celle de RIVAROL... C’est un exemple parmi d’autres de sa malhonnêteté, dont la manifestation la plus frappante est l’ infiltration elle-même.


 

On ne peut qu’éprouver de la compassion pour ces militants qui lui accordent leur confiance, lui font des confidences, et qu’ elle méprise profondément, sauf peut-être cette retraitée, militante exemplaire, qui est de tous les tractages et boîtages, donne ses quelques économies au Front, et n’a pour toute récompense que des critiques de son secrétaire départemental. C’est la seule, sans doute,qui ait su l’attendrir. Auprès des autres, elle n’est qu’un appareil enregistreur décidé à débusquer toutes les paroles “nauséabondes”.


Nausées, frissons, sang qui se glace, appétit coupé, tout le champ lexical du film d’horreur est écumé pour décrire les réactions effarées de la journaliste. Un portrait du Maréchal, la télévision rebaptisée « Té Lévy

Sion »,les immigrés qualifiés d’“allocophiles” (amateurs d’ allocations), et des marques d’inquiétude ou d’ exaspération à l’ égard des musulmans, suffisent à mettre l’infiltrée dans tous ses états. Un épisode en particulier a été largement médiatisé : « Philippe Chevrier , le compagnon de Marie-Christine Arnautu, s’interroge sur l’éventuelle sortie de l’ une de mes consœurs : quand est-ce qu’on se l’emmène la Fourest ? On la met à poil, on l’attache à un arbre, on se la prend, on met des cagoules, on va avec la Fourest en forêt de Rambouillet et on la laisse. Au sourire qu’il affiche, le responsable des Yvelines semble content de ses idées de balades en pleine nature. Mon secrétaire départemental trouve aussi la proposition intéressante, qu’il gratifie d’un “c’est une bonne action” et part dans un éclat de rire » (page 186). Consternation sur le plateau de Canal Plus qui se fait un plaisir de partager l’extrait avec ses téléspectateurs. Arnautu, pourtant concernée, puisqu’il s’agit de son concubin, se défend assez mal en niant que la conversation ait eu lieu. Checcaglini, qui a visiblement préparé son coup, affirme avoir enregistré le dérapage.

 

 

 

En fait de dérapage, il s’agit d’une plaisanterie, certes grasse, mais faite dans le cadre d’une réunion de secrétaires départementaux et de leurs adjoints, au cours du repas, dans une ambiance décontractée. Ce n’est absolument pas, comme Checcaglini et Fourest aiment à le faire croire, un véritable plan d’action contre une journaliste qui fait sa carrière et sa renommée en grande partie grâce à son hostilité envers le FN. Ce n’était ni une menace, ni une incitation à la violence, en témoignent le “rire” du SD et le “sourire” de Chevrier. Mais c’est que notre journaliste, inconnue du grand public avant cette expérience, prend très au sérieux sa mission de démasquer les militants du FN. Elle qui n’a de cesse de les décrire comme des paranoïaques, des faibles, des timides, tétanisés par la peur de l’Arabe et du musulman, projette en fait sur eux sa paranoïa de bien-pensante, inca- pable de distinguer le premier du second degré.

 

 

UN PARTI PRIS ÉVIDENT

 

 

Le parti pris (dont elle se défend sur les plateaux) est évident dans les a parte qu’elle partage avec le lecteur. Ainsi cette réflexion typique, devant les propos “islamophobes” de son SD : « Je pense alors : et toi, Sylvain, as-tu eu cette curiosité de t’ intéresser à l’ islam autrement que sous (sic) le prisme du fondamentalisme ? Es-tu allé te rendre compte par toi-même auprès de musulmans de la manière dont ils vivent leur religion ? » A longueur de pages, Checcaglini commente défavorablement les saillies de ses interlocuteurs. Mais lorsque des militants témoignent des injustices qu’ils subissent, elle abandonne ses maigres capacités réflexives et n’a plus qu’un silence éloquent à offrir en lieu et place de ses éclairantes analyses à sens unique. Une seule explication peut justifier l’adhésion de militants qu’elle n’arrive pas à dépeindre en nazis assoiffés de sang : « De cette impossibilité à dépasser cette peur des autres, de cette fragilité finalement, venait peut-être en partie le racisme dans lequel il se confortait » (page 295).

 

 

 

Mais aucun commentaire n’est fait sur la mésaventure de cette secrétaire fédérale qui fait imprimer des milliers de tracts à ses frais (17 000 francs), tracts saisis par le syndicat Sud à la Poste et brûlés (page 286). Ni sur ce passant, chômeur et désespéré qui lui confie : « je suis écœuré. Quand vous travaillez, vous n’avez que dalle, quand vous ne travaillez pas, vous avez tout » (page 267). Ou encore sur une enseignante terrorisée, « obligée, pour éviter de se faire agresser ou d’avoir ses pneus dégonflés, de laisser ses élèves faire ce qu’ils veulent » (page 247). Refus de commenter aussi la nostalgie d’un homme « parti  à l’étranger durant plusieurs années » qui, à son retour, « ne [reconnaissait] plus [son] pays. » « L’autre jour, je suis allé à Bruxelles en train. Eh bien, la gare du Nord, ça fait peur, vraiment ça fait peur » (page 217). Le même homme s’insurge des fraudes à la sécurité sociale, dont il est témoin dans son travail, et qui sont principalement le fait d’immigrés. Enfin, l’infiltrée entend également parler des agressions répétées de la libraire du 93 Marie-Neige Sardin que nous avions interrogée. Viol, coups, menaces : la journaliste reste visiblement insensible au calvaire de cette femme courageuse. Checcaglini, comme elle ne cherche pas à comprendre la démarche des militants, comme il n’y a pas de leçon à tirer pour la pensée unique, se tait. Sans doute tous ces témoignages sont-ils pour elle l’expression de cette fameuse paranoïa qui est sa seule clé de lecture. Dans les mains du lecteur malfaisant que nous sommes, cependant, ces échanges poignants ne peuvent qu’encourager à continuer le combat nationaliste. L’auteur, quant à elle, ne mérite que le sou- rire amusé ou méprisant que son aveuglement et sa mauvaise foi font naître.

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Claire Checcaglini, Bienvenue au Front, Journal d’une infiltrée, Editions Jacob-Duvernet, 19, 95 euros.

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Published by Rivarol blog - dans A lire dans RIVAROL
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commentaires

dissident 05/04/2012 13:49


on avait deja eu un opuscule de ce genre en 1987 d une nommee fllora Tristan je crois, meme mouchardage, memes poncifs ridicules, meme trahison de gens modestes militants benevoles pour une cause
qu elle haissait, le titre de ce torchon etait "retour du front " je crois, rien de bien nouveau donc